Archive for 2 juin 2007
Des valeurs en peine ?
Des panneaux, encore des panneaux sur Babi, mais il y en a toujours d’un peu particuliers qui attirent mon attention. C’est la nouvelle campagne de Voodoo Communication pour la pâte chocolatée à tartiner. On reconnaît bien le produit à distance sur le panneau sur le bas de l’affiche et en haut les enfants.
Les enfants, pas dans leurs habillements habituels, pas dans leur naturel. Je comprends bien le choix de Voodoo : rien de mieux que des enfants pour «vendre» de la pâte à tartiner. Je suis même pour la plupart du temps d’accord avec les choix de Voodoo. A mon humble avis, ils ont les meilleurs créatifs en pub à Abidjan et en Côte d’Ivoire. Ils ont des concepts à la fois originaux et innovants, très près du peuple et professionnels en même temps. Ce sont de superbes artistes que je respecte. 
Mais franchement cette dernière campagne pose un réel problème. Par exemple, le message sur l’un des panneaux : «les Choco–Boucantiers». Sur l’image on a des enfants, des petits garçons qui ont des casquettes retournées sur la tête, des lunettes de soleil, des grosses bagues aux doigts. Plus expressif encore : à la télé ces même petits garçons dansent sur une scène avec des manies qu’on reconnaît bien à ceux qu’on appelle à Abidjan les «boucantiers».
Comment définit-on les «boucantiers» ? Ce sont effectivement ceux qui font du boucan, des «tonneaux vides», des chanteurs et autres célébrités qui ont pour unique baromètre de valeurs le type de vêtements qu’ils portent. Qui se définissent par la quantité d’argent qu’ils peuvent distribuer lors d’un évènement, aussi par l’effet qu’ils font à leur passage au milieu des filles. Voilà un peu à quoi on peut assimiler les boucantiers à Abidjan et voilà ce qu’on voudrait prôner par de telles images pour nos petits garçons sur des affiches ? J’essaie de «lire» le message : «mange de la tartine de chocolat et ne passes pas inaperçu» ou alors «deviens voyou !», je ne suis pas sûre que ce soit ce à quoi les parents rêvent pour leurs petits garçons. 
Une autre affiche du même produit dans d’autres coins de la ville. Le message : «Les Choco – Miss». L’image : des petites filles avec des rallonges (ça se voit ne me demandez pas si j’en suis sûre !). Elles ont des poses pour le moins tendancieuses, avec le maquillage de circonstance et les manies qui vont avec. Ce n’est vraiment pas sérieux ! Enfin… Les enfants sont marqués par ce qu’ils voient tout petits, ils se font rapidement des modèles, s’attachent à ce qu’on leur présente en grand et y croient profondément.
Je crois et je rêve à la pub qui ne fait pas que vendre. Je rêve de la pub qui communique des valeurs que notre société perd de plus en plus. Je rêve de la pub qui ne fait pas que faire rêver mais qui pousse à l’effort «sain», au travail, au dépassement de soi, pour se faire une place méritée et louable dans la société. Je rêve de la pub qui fait prendre, dès le bas âge, de bonnes habitudes, des envies d’efforts qui poussent à faire de bons choix !
Je suis sensible au besoin de retour de valeurs que nous recherchons et qui nous fera du bien en Afrique et dans notre pays. On peut dire volontiers que c’est rien cette pub de Tartina (et Voodoo), que c’est juste pour amuser les enfants, mais je sais et les créatifs le savent aussi, que les enfants sont de très «puissants» prescripteurs. Ils demanderont à manger Tartina, mais aussi les accessoires qui vont avec…qu’ils auront vu sur les panneaux et à la télé ; et ils rêveront d’un avenir qui s’assimile aux images vues. Et …la suite va sans dire !
On aurait pu avoir : «Les choco-médecins» ; «Les choco-musiciens» ; «Les choco- profs» ; pourquoi ça ne ferait pas rêver ?
17 comments juin 2, 2007